Ce que dit la loi fédérale, et ce qu’elle laisse aux cantons
La loi sur l’assurance-maladie oblige les cantons à réduire les primes des assurés « de condition économique modeste ». C’est l’article 65 de la LAMal. Elle fixe deux planchers depuis 2021 : au moins 80 % de réduction sur la prime des enfants et 50 % sur celle des jeunes adultes en formation, dans les ménages à bas et moyens revenus. Elle ne dit rien d’autre. Qui est « modeste », quel revenu compte, combien on reçoit : chaque canton décide.
Le résultat, c’est six systèmes différents en Suisse romande. En 2024, la Confédération et les cantons ont dépensé 6,6 milliards de francs pour cette réduction des primes, dont 3,3 milliards de la Confédération (fiche OFSP du 23 septembre 2025). Un ménage sur quatre en Valais en bénéficie, 302’000 personnes dans le canton de Vaud. Ce n’est pas une aide marginale, c’est la première prestation sociale du pays en nombre de bénéficiaires.
Les trois conditions qui ne changent pas
Partout, il faut être domicilié dans le canton au 1er janvier de l’année, être assuré à l’assurance de base LAMal (pas seulement à une complémentaire), et avoir un revenu déterminant sous la limite fixée pour la composition de son ménage.
Un point piège sur le domicile : si vous déménagez dans un autre canton en cours d’année, c’est le canton où vous habitiez au 1er janvier qui paie jusqu’au 31 décembre. Genève, Neuchâtel et Fribourg l’écrivent noir sur blanc. Le canton de Vaud, lui, précise qu’une personne arrivant d’un autre canton ne peut pas y toucher de subside pour l’année en cours, sauf aide sociale ou prestations complémentaires.
Les limites de revenu 2026, canton par canton
Voici ce que donnent les barèmes 2026 pour une personne seule sans enfant, puis pour un couple avec deux enfants. Les chiffres sont ceux des arrêtés cités en sources, tels que notre moteur les applique.
| Canton | Personne seule | Couple, deux enfants |
|---|---|---|
| Vaud | 50’000 fr. (subside adultes) | 76’000 fr. après déduction de 13’000 pour les enfants |
| Genève | 50’000 fr. | 157’000 fr. |
| Fribourg | moins de 37’000 fr. | moins de 93’000 fr. |
| Valais | 38’500 fr. | 116’000 fr. (enfants seuls au-delà de 89’375) |
| Neuchâtel | 50’600 fr. | 104’317 fr. |
| Jura | 26’999 fr. | 52’999 fr. (enfants seuls au-delà de 26’999) |
Deux choses sautent aux yeux. D’abord l’écart : un célibataire jurassien perd son droit à 27’000 francs, un genevois le garde jusqu’à 50’000. Ensuite le rôle des enfants. À Genève, un parent seul avec un enfant reste dans le barème jusqu’à 151’000 francs, uniquement pour la part de l’enfant. En Valais, les enfants des couples ont droit à 80 % de la prime moyenne jusqu’à 116’000 francs, alors que les parents n’ont plus rien au-delà de 79’375. Si vous avez des enfants et que vous pensez « on gagne trop », vérifiez quand même.
Le revenu déterminant : la raison numéro un des refus incompris
Aucun canton ne regarde le salaire brut. Aucun ne regarde non plus le revenu imposable tel quel. Chacun calcule un « revenu déterminant » à partir de la taxation fiscale, et chacun a sa recette.
Dans le canton de Vaud, c’est le revenu net de la dernière décision de taxation, plus les rachats du 2e pilier au-delà de 20’000 francs, plus les versements au 3e pilier A, plus un quinzième de la fortune au-delà de 59’000 francs (118’000 pour un couple), moins un forfait de 2’200 francs par adulte et 1’300 par enfant, moins 6’000 francs pour le premier enfant à charge et 7’000 par enfant supplémentaire.
Fribourg part du revenu net de la taxation d’il y a deux ans et ajoute les primes d’assurance déduites et 5 % de la fortune imposable. Le Valais part du revenu avant déductions personnelles de la taxation 2024, ajoute 5 % de la fortune revalorisée et le pilier 3a. Neuchâtel prend le revenu effectif de la taxation 2025, retire quelques déductions plafonnées et ajoute 30 % de la fortune après une franchise de 4’000 francs. Le Jura corrige le revenu imposable, retire 5’000 ou 10’000 francs selon qu’il y a des enfants, et ajoute 5 % de la fortune. Genève utilise son revenu déterminant unifié, calculé par l’administration sur les revenus d’il y a deux ans.
Ce que ça change en pratique : quelqu’un qui gagne 45’000 francs mais possède 200’000 francs d’épargne verra son revenu déterminant monter de 9’400 francs dans le canton de Vaud et de 10’000 en Valais. J’ai vu des gens conclure « je n’y ai pas droit » sur la base de leur fiche de salaire alors qu’ils avaient droit à 200 francs par mois, et l’inverse. Le guide sur le revenu déterminant pour le subside refait le calcul ligne par ligne pour les six cantons, avec un exemple.
Enfants et jeunes en formation
Les enfants de 0 à 18 ans sont rattachés à leurs parents et suivent leur classification. Les montants sont souvent fixes : 160 francs par mois à Neuchâtel quelle que soit la classification, 100 francs dans le Jura, 114 francs dans le canton de Vaud (arrêté du 17 décembre 2025, qui a remplacé les 74 francs de la version d’octobre), 132 francs à Genève dans les huit premiers groupes.
Les jeunes adultes de 19 à 25 ans en formation restent à charge des parents s’ils en dépendent financièrement. Là, deux différences. Dans le canton de Vaud et à Neuchâtel, ils sont pris automatiquement dans le calcul des parents. À Genève, le subside des 19-25 ans n’est jamais automatique : il faut un formulaire, même pour un étudiant qui vit chez ses parents. Dans le Jura, le parent doit indiquer le jeune sur sa requête et joindre l’attestation de formation. Le seuil de revenu propre du jeune compte aussi : dans le Jura, son revenu brut ne doit pas dépasser 2’520 francs par mois en 2026.
Ceux qui n’ont pas droit, même sous la limite
Chaque canton a sa liste. Fribourg exclut d’office les revenus nets au-dessus de 150’000 francs et les fortunes au-dessus de 250’000, sans regarder les enfants. Le Valais ferme la porte au-delà d’un million de fortune brute revalorisée. Le Jura fixe un seuil de fortune disponible à 150’000 francs (titres, comptes, participations). Neuchâtel classe d’office « non bénéficiaires » les célibataires de moins de 25 ans sans enfant et les personnes dont le revenu effectif est sous 15’000 francs, sauf demande de révision. Tous excluent les personnes taxées d’office.
Le canton de Vaud ajoute une règle que je trouve juste et rarement expliquée : la personne qui, par choix, ne met pas toute sa capacité de gain à contribution (temps partiel par convenance) ou qui a cédé ses biens sans contrepartie n’est pas « de condition modeste ».
Automatique ou sur demande ?
Genève, Valais, Neuchâtel et Jura calculent le droit d’office à partir de la taxation et informent les bénéficiaires par courrier. Vaud et Fribourg ne font rien sans demande. À Fribourg, la demande doit arriver à la Caisse AVS avant le 31 août de l’année, sinon elle est refusée sans examen. Dans le canton de Vaud, le droit commence le premier jour du deuxième mois qui suit la demande : déposer en mars, c’est perdre janvier à avril.
Même dans les cantons automatiques, certaines catégories doivent se manifester : les jeunes adultes, les personnes imposées à la source, les nouveaux arrivants, les changements de situation en cours d’année. Le détail est sur la page de chaque canton, avec le calculateur préréglé.
Questions fréquentes
J'ai un petit salaire mais on m'a refusé le subside. Pourquoi ?
Le canton ne regarde pas le salaire mais le revenu déterminant, qui ajoute une part de la fortune (5 % à Fribourg, en Valais et dans le Jura, 30 % après franchise à Neuchâtel, 1/15 au-delà de 59'000 francs dans le canton de Vaud) et parfois le 3e pilier versé. Une épargne conséquente ou un bien immobilier peut faire passer un petit salaire au-dessus de la limite.
Les frontaliers ont-ils droit au subside ?
Le subside est réservé aux personnes domiciliées dans le canton et assurées à la LAMal. Un frontalier domicilié en France n'y a pas droit, même s'il a choisi l'assurance suisse.
Mon enfant de 20 ans étudie et vit chez nous. Compte-t-il ?
Oui, comme jeune adulte en formation à charge, dans les six cantons. La loi fédérale impose au moins 50 % de réduction pour lui dans les ménages à bas et moyens revenus, et les cantons appliquent souvent plus : 196 francs par mois dans le Jura, 484 francs à Neuchâtel jusqu'à la classification S11.
Je suis à l'aide sociale ou aux prestations complémentaires. Dois-je faire une demande ?
Non. Les bénéficiaires de PC AVS/AI et de l'aide sociale reçoivent un subside complet, calculé sur une prime de référence, sans passer par le barème ordinaire. C'est le service qui verse la prestation qui l'annonce au canton.
Sources
- OFSP, fiche d'information Réduction des primes (23 septembre 2025) (bag.admin.ch, 2025)
- Vaud, arrêté concernant les subsides aux primes 2026 (17 décembre 2025) (vd.ch, 2025)
- Genève, barèmes et catégories 2026 (SAM) (ge.ch, 2026)
- Fribourg, mémento réduction des primes 2026 (Caisse AVS) (assets.caisseavsfr.ch, 2026)
- Valais, échelle des revenus pour les subsides 2026 (vs.ch, 2026)
- Neuchâtel, arrêté 821.102 fixant les normes de classification 2026 (rsn.ne.ch, 2025)
- Jura, communiqué du 30 octobre 2025 sur les subsides 2026 (jura.ch, 2025)
Ce guide est informatif et ne remplace pas la décision de votre canton. Pour votre chiffre, utilisez le calculateur.
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Le subside est une chose, la prime en est une autre : deux ménages avec le même subside paient des primes qui diffèrent de 100 francs par mois selon la caisse et le modèle. Un conseiller regarde les deux en un seul appel, avant le 30 novembre.
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